mardi 14 mai 2024

II - 1) La révélation est contextuelle

 

Si l’on prend en compte que la majorité des révélations divines se veulent des explications globalistes de la création et du culte qui doit être rendu à Dieu ou aux dieux, il est incompréhensible que cette révélation prenne place dans un contexte historique. Dans l’état actuel des choses l’ensemble des révélations sont marquées par des notions contextuelles liées au lieu, à l’époque et aux normes culturelles en vigueur au moment de cette révélation. Ce qui de fait la rend soit totalement inaccessible à tous ceux habitant loin de cet endroit (sauf depuis le siècle écoulé ou l’information se diffuse plus facilement, mais cela fait que durant toute la période précédente Dieu aurait diffusé son message en excluant sciemment la majorité de la population mondiale), soit incompréhensible pour cause de différence de langage (là encore la traduction à grande échelle n’est que très récente, les humains d’avant étaient donc privés de cette révélation). En outre même la plus parfaite des traductions ne permet pas une compréhension optimale des textes car, au-delà des questions de fidélité de la traduction, le simple fait que le texte s’inscrive à travers ses références, ses paraboles, ses réflexions et ses exemples, dans une époque et un lieu parfois lointain et difficilement appréhendable rend son analyse biaisée aux personnes qui la lisent en dehors de ce contexte et de cette époque. 

Si l’on se place dans le paradigme d’un dieu parfait il aurait dû trouver la parfaite manière de communiquer Sa volonté à Ses créatures sans prendre le risque qu’elle soit dénaturée par le temps et l’espace (solution apparemment impossible au vu des éléments précédents, mais je ne suis pas Dieu et donc ce qui est hors de ma portée ne devrait pas être impossible à un Dieu omniscient). Si Dieu descend sa révélation pour être révéré par Ses créatures il est totalement illogique qu’il ne fasse descendre sciemment un message qui ne sera soit pas connu soit pas, ou mal, compris par ceux à qui il ordonne de le révérer. Pourquoi risquerait-il que ceux qui voudraient fidèlement le vénérer et appliquer son message comme il l’exige ne soient pas en mesure de le faire, cela va à l’encontre même de la notion de révélation divine.

lundi 13 mai 2024

II - 2) La révélation est inefficace

 

Dans la même optique d’inefficacité de la révélation telle qu’elle existe sur Terre se pose la question de pourquoi se révéler uniquement à un, ou quelques-uns, sur la multitude d’êtres humains. Dieu dans son infinie puissance n’aurait-il pas été plus inspiré de communiquer directement avec l’ensemble des individus soit pour ancrer en eux la Connaissance de Sa Divinité, soit juste pour leur faire parvenir Ses Enseignements en les laissant libres de les suivre ou non. Ce genre de questionnement est souvent éludé d’un revers de manche par les tenants de la révélation divine en arguant que « les voies de Dieu sont impénétrables », ce qui revient à dire « cherche pas à comprendre », mais cet argument est irrecevable dans la question de l’existence de Dieu car il consiste à accepter sans justification aucune une explication qui est par essence bancale et infondée, autrement dit justifier la bêtise par la bêtise. 

Une autre des pirouettes visant à contrer ces arguments est la sempiternelle question de la libre conscience, les individus sont informés de Dieu et de Ses Lois et c’est ensuite à eux qu’il appartient de choisir de les suivre ou non. Mais à ce compte là Dieu est injuste envers les hommes car certains sont choisis et reçoivent une révélation, ils ne peuvent donc que croire et voient leur salut assuré, tandis que d’autres (même en laissant de côté ceux qui n’ont jamais été mis au courant de la révélation) ne font que la recevoir par un biais indirect et leur compréhension peut en être faussée. Ainsi leur libre arbitre s’exerce sur un message qu’ils n’ont que mal, ou que partiellement, compris et le fait de les léser en les punissant à cause d’une incompréhension qui provient de la manière dont ils ont été informés n’est pas juste.

dimanche 12 mai 2024

II - 3) La révélation est inspirée d'anciens mythes

 

Lavoisier disait « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette maxime est particulièrement valable en ce qui concerne les religions. D’anciens mythes ou croyances sont bien souvent à la base des textes religieux plus récents. A titre d’exemple la tradition abrahamique, dont les premiers patriarches sont issus de la culture sumérienne, ont repris un certain nombre de mythes sumériens :

-          Le Dieu Enki est fautif pour avoir mangé les plantes interdites, Adam pour avoir mangé le fruit défendu.

-          La déesse Ninti est issue de la côte d’Enki, comme Eve de celle d’Adam

-          Les descriptions du paradis sont concordantes.

-          Le récit du déluge est repris quasi tel quel des textes sumériens par la tradition abrahamique.

-          Concordance entre les récits de naissance de Sargon Ier et de Moïse, tous deux abandonnés au fleuve dans un couffin et recueillis.

Beaucoup de textes sumériens restent encore inconnus à ce jour mais la concordance de ces quelques exemples remet en cause l’idée que les révélations premières ont été faites aux patriarches, une partie au moins de ces histoires existaient déjà avant la création de l’ancien testament et ont été réarrangées pour convenir à un récit monothéiste au lieu de polythéiste. Certes cet argument peut également être retourné par les tenants d’une révélation divine en arguant qu’effectivement si ces éléments se retrouvent ailleurs c’est qu’ils sont basés sur des évènements réels et que preuve en est que la tradition abrahamique n’est pas seule à les mentionner. Néanmoins le fait que cela fasse référence à des éléments mythifiés d’origine réelle n’est pas preuve que la révélation est véridique, uniquement qu’une histoire commune lie ces deux traditions religieuses.

jeudi 9 mai 2024

II - 4) La révélation est limitée aux possibilités de son époque

 

Les moyens de Dieu pour répandre la révélation sont toujours limités aux réalités de l’époque, Dieu, qui n’est pas avare de miracles dans les textes anciens, n’a à aucun moment permis à ses prophètes d’attester de son existence en leur offrant l’accès à des éléments de diffusion extraordinaires pour l’époque . La parole n’était que transmise oralement ou écrite. En soi cet élément n’est pas fondamentalement nuisible en la croyance en une révélation divine sauf si l’on commence à comparer les révélations entre elles. A travers le monde elles sont toutes basées sur des révélations orales ou des écrits, ce qui signifie que si Dieu existe et est le réel instigateur d’une religion il n’a pas réussi à faire mieux, plus efficace, plus crédible, plus pertinent pour transmettre son message que d’utiliser les mêmes méthodes que tous les faux dieux auxquels les humains vouent un culte. Le seul vrai dieu n’est pas apte à faire descendre son message d’une manière tellement miraculeuse et unique qu’aucune autre religion ne pourrait se comparer à cela. Au contraire quelle que soit sa croyance personnelle force est de constater que la révélation est banalement un texte retranscrit. La toute-puissance et l’incomparabilité de Dieu est, il me semble, assez affectée par ce simple état de faits.

Cette réflexion est d’autant plus pertinente dans le cas du dieu de tradition abrahamique qui est selon les textes un dieu jaloux, opposé à tout autre culte que le sien et qui leur est par nature incomparable. Les 10 commandements ne commencent-ils pas par ces mots : «  Tu n’auras pas d’autre dieu que moi. Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival. » Comment comprendre qu’un tel Dieu, si exclusif, si supérieur à toutes les idoles qu’il dénonce, si incomparable et si prompt à se démarquer de ses concurrents, ne puisse délivrer Sa Parole divine que par les mêmes moyens dont sont véhiculées toutes les autres croyances à travers le monde ?

mercredi 8 mai 2024

II - 5) La révélation humanise la figure de Dieu

 

La notion même de révélation est de fait une humanisation de la figure divine car Dieu et ses attributs sont censés être parfaits. Comment alors comprendre que sa parole, par exemple, nous soit révélée en un langage qui lui-même est humain et donc imparfait. Cette imperfection ne peut qu’altérer les mots de Dieu car tout texte est également objet. Ainsi imaginer que Dieu s’exprime dans des mots que nous pouvons  appréhender, et comprendre de manières différentes étant donné le nombre faramineux d’exégèses sur un même texte, est en soi un grave acte de blasphème car cela revient à rabaisser la perfection du message. Or si un attribut divin n’est pas parfait cela signifie que dieu n’est pas parfait. Cette humanisation se retrouve également dans la notion de volonté de Dieu. Il est souvent décrit comme protecteur, vengeur, miséricordieux, jaloux, sage, patient et bien d’autres encore mais au fond ces traits sont spécifiquement des traits humains.

Un argument avancé par les théologiens est que ces traits sont poussés à une perfection qui n’est atteignable que par Dieu et inaccessible aux Hommes (perfection dont ont peut douter vu certains actes attribués à Dieu dans les textes sacrés) il n’en reste pas moins qu’il s’agit là d’une humanisation de Dieu à travers une grille de lecture humaine. Là encore je ne vois pas comment il serait possible de décrire les attributs divins sans en passer par des descriptions rappelant les comportements humains mais n’étant moi-même pas Dieu il est normal que je ne puisse appréhender de tels attributs. En revanche je trouve étonnant que Dieu, dans son incomparabilité, soit réduit à être décrit, et se décrire lui-même, avec les mots qu’on pourrait utiliser pour décrire un être humain.

Ce raisonnement est bien plus valable dans la conception du dieu abrahamique que dans celle des polythéismes où les dieux n’ont pas de prétention à la perfection car ils sont limités du fait même qu’ils aient tous des fonctions ou attributs différents.

Sommaire

SOMMAIRE   INTRODUCTION  I – LA NOTION DE DIEU DEISTE 1-      Une solution de facilité 2-      L’existence d’un dieu n’est pas nécessaire 3-...